Déprime à la casse

frasques plus ou moins brusques d'Eloi Kurzeja

Juil 19

le cou glougloute en épanchements incertains. Voilà c’est enclenché je planche sur des sentiments tel un bonimenteur. Mon audience est aux aguets lorsque je zig-zag. La chair m’attire foutrement, je me roule dans des fantasmes cataclysmiques puis m’égare avec vertige.

Je romps le lien avec mépris à cause d’un corps dont je m’éprends. Exaspérant.

à cause des cris du Kindergarten mes sommeils paradoxaux sont truffés d’éléments perturbateurs. Le landau s’égosille dans un chagrin hypocrite, et puis les petits crient en allemand… ils jouent eux, et ils crient tout le temps.

(après la défaite de l’Allemagne en demi-finale de la coupe du monde 2010)

Et la tristesse était palpable, la déception à la hauteur des espoirs grandissants dans la ferveur des précédentes victoires. La dynamique s’est inversée. L’amertume a coulé, se mélangeant aux couleurs du drapeau maquillé, pour venir papiller sur les langues sèches de dégout.


la piscine

L’odeur de chaud, le chlore, l’écho, les têtes multicolores
Le maître-nageur s’ennuie fièrement
Les mamans surveillent d’un œil inquiet
Je bois la tasse et expérimente la mort.
Nous pressons le pas, sans courir
Le sol carrelé martyrise les pieds en toute impunité.
Le ventre creux se remplit avidement de barquettes à la framboise,
de pailles dorées qui collent aux dents. Figolu.

Le souffle chaud est agréable, blotti dans ma serviette comme dans une grotte.
La difficulté : enfiler ses chaussettes. Puis la grosse dame grommelle, le code est perdu.

On peut voir les pieds des filles si on s’aplatit par terre

Maintenant, le froid ronge le contour des oreilles. Le car est un refuge où nous sommes las et heureux.


à l’école

Il est interdit de pisser dans le préau.
et de manger le blanc de poulet qui pousse sur les arbustes de la haie
La sève pègue sur les doigts qu’il faut frotter au savon en forme de

B
 A
  N
  A
 N
E

Quel rôle pour l’épervier ? Sa fonction est toute trouvée.

Très efficace de faire juter le ballon en mousse détrempée, je l’essore et l’eau crasseuse dégouline sur mes semelles lumineuse.

ça fait grincer des dents


De Administratio

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que peut-il bien se tramer derrière ma tête ?

La barbe de Lisandro Lopez s’est révélée, il y a quelques nuits, objet de fascination. C’est mon meilleur ami mais aussi le plus nouveau. Il a un appartement immense, il y a toujours quelques-unes de ses connaissances féminines chez lui. Par exemple, nous regardions la télévision toute la nuit en petite compagnie. Je me réveille juste trop tard pour aller à l’université. Il est sympa Lisandro, en plus il est riche et on se retrouve pour jouer au basket.


un autre méta-rêve

(écrit au printemps 2010)

Lorsque mon inconscient m’offre une vie affective par procuration, cela donne des désirs paraboliques assez cocasses. Choisirai-je la blonde ou la brune ?
Le première est simplement jolie, l’autre est envoûtante et détient le plus grand charme. Après sans nul doute de palpitantes et absurdes péripéties, la blonde me montre un livre où le personnage principal s’appelle Eloi, comme moi. Je lis quelques passages en guise de guide pour faire mon choix. Il s’agit donc de la choisir elle, puisque c’est écrit dans le livre. C’est la décision la plus logique. Une fois cette illumination, elle apparaît beaucoup plus belle. Il suffisait de faire mon choix.

Analyse : Dans Le sang des autres de Mme Beauvoir, un des personnages écrit un roman raté dont le protagoniste s’appelle Eloi. Ceci est donc une machination.


le télésiège vers New-York (rêve à la con)

Nous étions à bord du télésiège quand soudain, un de mes camarades lâcha la cordelette. Son intention était ambiguë. L’engin se détache des rails aériens et
amorce une ascension verticale. Je panique et ne comprend pas pourquoi mes collègues n’en font pas autant. Ils rient de mon désarroi.

L’attitude augmente de plus en plus, le plancher des vaches se fait microscopique. Nous voilà logiquement au milieu des grattes-ciels. Notre vaisseau n’était plus contrôlable et ne cesse de monter comme une montgolfière. Par chance, nous croisons un télésiège de pompiers. Ceux-ci nous dérivent en haut de la plus haute des tours. Je reprends mon souffle car je me sens en sécurité. Je n’ose cependant pas regarder en bas, ni même me lever, je reste couché sur l’acier froid du building.
Lorsque je me réveille, il n’y a plus personne dans la salle d’attente. Une secrétaire m’informe qu’il me faudra débourser 150€. J’enrage d’abord d’injustice puis me raisonne : “150 pour une sauvetage d’avis, ça n’est pas hors de prix”.


Une autre fois à Berlin en 2010, j’étais triste

J’erre dans ce parc où les corbeaux croassent
Me froissent. Mon angoisse et mon tourment croissent
Ressens-tu la pâle figure qui contraste avec les sourires estivaux ?
Il n’y a plus de prétexte pour feindre l’ennui, tout est à portée
Les traits fatigués des Berlinois endimanchés m’enjouent. Ils sont las et blêmes pourtant vifs et dévorent les rayons du soleil un à un.
Ultime satiété, je me désaltère de les observer.
L’eau est rance à côté de ce simple spectacle,

je savoure les scènes qui rayonnent,
tout semble plein et léger


Torpeur torpillée ! (une fois à Berlin, en 2010)

Plan Plan l’estomac qui gargouille dans l’océan et clic…se dégoupille l’engrenage
Les sons frelatés résonnent avec aisance/latence et l’écho se reflète à l’infini dans le miroir cassé en mille morceaux depuis sept ans déjà.
Un prisme bien complexant, somme toute.

Consolons-nous ! ici les mots sont juxtaposés, bien en place. Il paraît qu’ils voguent.

Je sais qu’un ramassis de galériens rament assis dans mes phrases à rallonge. Oui oui, les lettres rament en cadence ! Au son du tambour battant les syllabes à bout de force s’activent. Mais où va t-on capitaine ?

Nous plongeons les autres croiseurs dans l’effroi, car notre bateau n’est pas ivre mais nucléaire. Nous abîmons les vaisseaux ennemis. Touchés, coulés, les rames s’agitent à nouveau et les canons retentissent avec ferveur…

Mais qui est donc ce capitaine à l’allure bien pensante qui laisse entrevoir un corps maigre et pathétique sous sa veste élégante ? L’équipage s’interroge : “Nous donnons notre vie pour ce rachitique, et qu’avons nous en retour ? Des phrases à rallonges ! Aucun sens ! C’en est assez !”

L’esclave le plus robuste se lève, se déchaîne et délivre tous les autres…

Il les entraîne sur le pont, et la troupe affamée fait fi des amiraux endimanchés

Par dessus bord les gradés ! Noyez-vous dans l’abysse et dans l’oubli ! Médusé, le capitaine pourtant rachitique était adroit.

Il

avait

construit un

radeau de fortune


de toutes nos activités futiles et chronophages

Je prends la parole pour m’extirper de la torpeur créative, ainsi je me hâte et m’active.
Pourriez-vous ressentir ce clinquant cliquetis qui parcourt ma prose et qui peu à peu s’amenuise… ?
J’entends condenser mon propos et flanquer les mots mauves qui n’émeuvent que par des images de bas-étage. Cependant, je m’attriste devant cette pléthore de présumés poètes oralisant leurs malheurs dont personne n’a cure, de leur profond moi ils récurent la crasse et nous l’inflige. Rythme oblige, ils placent leurs palabres au creux de mes oreilles non-coupables mais leurs rimes glissent entre les mailles. Loin d’étinceler sont-elles plates et coulent le navire présupposé dans lequel elles nous embarque. Davantage bateaux qu’ivres voilà leur essence qui s’envole en fumée au loin quelques signaux indistincts nous échappent. Je les tousse tous.
Je veux des phrases qui happent, tourmentent, nourrissent ou font vomir les esprits rigides, les cervelas univoques.

Mon esprit détroussé par le flux du quelconque tend à se raccrocher au verbe et bim, voici venir le saboteur du style qui à la médiocrité ne s’habitue.
Sont-ce des vers déversés à grand renfort d’effets plus ou moins appuyés ou la simple manifestation d’une fureur qui s’étend et pénètre les voies peu usitées du non-sens ?

Oui le signifié je t’éclate la nuque et vos consciences j’imbibe de ce breuvage non-potable voué à se faire dégobiller dans deux ou trois heures sur la fontaine municipale.


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